Les thérapies numériques, un outil émergent sous condition ?

Les thérapies numériques constituent une évolution dans le champ de la santé connectée. Fondées sur des dispositifs et applications plus ou moins validés, elles visent à optimiser la prise en charge de pathologies chroniques, en particulier dans le champ comportemental et cognitif. Plusieurs études suggèrent une efficacité comparable à celles d’interventions conventionnelles, pour autant leur intégration dans la pratique médicale reste encore limitée.
Pour mieux comprendre ces outils et leurs conditions d’usage, nous avons rencontré Hélène Viatgé, co-fondatrice d’AppThera, plateforme dédiée aux thérapies numériques validées.

Pouvez-vous nous rappeler ce que recouvre le terme de “thérapie numérique” ?

Les thérapies numériques, ou Digital Therapeutics (DTx), sont des dispositifs médicaux délivrés par voie numérique — généralement via une application ou une interface web — qui sont certifiés et dont l’efficacité repose sur des preuves cliniques. Elles ne se limitent pas à de simples outils de bien-être : elles ont pour objectif de prévenir, traiter ou accompagner une personne porteuse d’une maladie définie, selon un protocole thérapeutique validé. Elles s’appuient souvent sur les principes des thérapies cognitivo-comportementales (TCC), mais leur champ d’application s’étend aujourd’hui à d’autres domaines : diabète, rééducation neurologique, troubles du sommeil, ou encore santé mentale.

Par exemple, l’application HelloBetter Insomnie fait suivre une TCC spécifique à l’insomnie clinique, mais au format digital, accessible n’importe quand.
Comme tout dispositif médical, une thérapie numérique doit obtenir un marquage CE (certification européenne). Avec ses preuves d’efficacité clinique, elle est éligible à une prise en charge par l’Assurance maladie.


Quels sont les profils des patients et des médecins utilisateurs aujourd’hui en France ?

Nous sommes encore dans une phase d’amorçage en France où le déploiement de ces thérapies, sur ordonnance par un professionnel de santé, est très récent. Sur AppThera, nous avons 2 000 médecins qui ont prescrit à plus de 8 000 patients des DTx. Les premiers utilisateurs sont souvent des patients atteints de pathologies chroniques, motivés par un suivi permettant une plus grande autonomie dans leur prise en charge. Ce ne sont pas nécessairement des patients jeunes, la moyenne d’âge est à 43 ans. Ce que l’on observe en revanche c’est une prescription par plus de médecins femmes à plus de patients femmes, sans que les pathologies concernées ne reflètent autant ce décalage. Du côté des prescripteurs, on observe une adoption progressive : les médecins les plus sensibilisés à la e-santé y voient un complément utile, notamment lorsque la disponibilité des soins est limitée ou lorsque le patient présente une bonne capacité d’engagement numérique. Là encore les médecins prescripteurs sur AppThera ne sont pas nécessairement des jeunes, mais ont en commun d’être convaincus de la nécessité d’accompagner le patient au-delà de la consultation dans des changements comportementaux et cognitifs qui demandent un travail quotidien et de la réflexivité. Toutefois, la prescription reste conditionnée à une formation sur ces nouvelles options thérapeutiques et à une évaluation individuelle de sa pertinence clinique.


Quels sont selon vous les principaux freins à leur diffusion ?

Le principal obstacle à la diffusion de ces thérapies est aujourd’hui le manque de temps pour que les médecins puissent s’informer et s’approprier ces outils.
Par ailleurs, les médecins ne sont pas toujours à l’aise pour accompagner le patient avec cette nouvelle modalité. Prescrire une application ce n’est pas comme prescrire un médicament. Et si l’on n’explique pas cette différence, le médecin s’interroge (installation de l’application, coût, temps passé, suivi des données).


Et à l’inverse, quels leviers identifiez-vous pour favoriser leur usage ?

D’abord, il y a la plateforme AppThera qui a été développée pour que les médecins puissent gratuitement identifier les DTx existantes, leurs preuves cliniques et les prescrire à leurs patients. Ils sont rassurés sur le fait qu’AppThera accompagne le patient jusqu’à l’initiation de son programme (téléchargement de l’app, création du compte). Ensuite, nous voyons une vraie volonté des professionnels de santé de proposer à leurs patients des outils pour aller au-delà des conseils qu’ils peuvent donner en consultation (“il faudrait vous remettre un peu au sport, il faudrait arrêter de fumer”, …). Les sciences cognitives ont largement démontré leur efficacité pour engendrer des modifications comportementales, il serait temps de se les approprier pour en faire des outils médicaux au lieu de les laisser dans les mains des réseaux sociaux qui, eux, ont bien compris la pertinence de ces sciences mais à moins bon escient.
Le rôle du médecin reste pivot : c’est lui qui, par sa connaissance du patient et de la pathologie, propose une utilisation éclairée et bénéfique de ces innovations.

 


Hélène VIATGÉ et Angélique MOREIRA

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