L’étude met en évidence une ambivalence dans le rapport qu’ont les Néo-Aquitains à leur système de santé. D’un côté, la confiance envers les médecins libéraux demeure exceptionnellement élevée : ces derniers incarnent toujours des figures de référence. D’un autre côté, les habitants constatent une dégradation progressive de l’accès aux soins, marquée par des délais de rendez-vous de plus en plus longs, des difficultés croissantes à consulter des spécialistes et des inégalités territoriales. Cette situation nourrit un sentiment de fragilisation du système de santé face auquel les répondants privilégient des solutions fondées sur une meilleure organisation de l’offre de soins et de l’orientation des patients, une coordination renforcée et une utilisation plus efficiente des ressources.
Les médecins libéraux restent des piliers du système de santé
D’abord, en termes de recours médical, 91% des répondants ont consulté un généraliste au cours des 12 derniers mois, dont près de deux tiers à plusieurs reprises : au moins 3 consultations pour 65% des personnes de plus de 75 ans et 57% des parents d’enfants de moins de 8 ans (pour rappel, selon l’Assurance Maladie 96% des patients en ALD disposent aujourd’hui d’un médecin traitant). Concernant les médecins spécialistes, 70% y ont eu recours sur la même période. Et cette relation régulière avec la médecine libérale s’inscrit dans un cadre de confiance particulièrement élevé : 94% des Néo-Aquitains font confiance à leur médecin traitant et 93% à leur médecin spécialiste.

Selon Jérôme Fourquet, directeur de département à l’IFOP, cette côte de confiance est quasi unique, tous secteurs d’activité confondus, dans une société française marquée par la défiance. Ce sentiment est ressenti de manière similaire par les médecins. Dans l’enquête réalisée par l’Union en mars auprès des médecins de la région, 96% d’entre eux estiment être bien considérés par leurs patients, mais 10% seulement par les pouvoirs publics. S’il y a défiance, elle se situe plutôt dans le rapport aux institutions, aux discours et injonctions politiques.

Cette légitimité s’illustre notamment à l’égard de la parole médicale et sur la qualité de la relation. 85% des répondants déclarent respecter l’opinion des médecins qu’ils consultent et 64% n’ont pas de doute sur le diagnostic ou les conseils reçus. Près de 8 sur 10 estiment que leur médecin généraliste leur consacre suffisamment de temps lors des consultations (77%). Cette proportion diminue toutefois à 57% pour les médecins spécialistes, probablement en raison, d’une part de consultations beaucoup plus ciblées, et d’autre part sur une attente exacerbée de patients ayant dû faire face à de longs délais pour obtenir un rendez-vous.
Des difficultés d’accès aux soins avant tout liés à la pénurie de l’offre médicale
En effet, les néo-aquitains évoquent largement les problèmes d’accès aux soins auxquels ils sont confrontés. Globalement ils estiment que les conditions du système de santé se dégradent à la fois concernant la prise en charge des patients mais aussi en termes de conditions d’exercice pour les médecins. Ce sentiment est partagé par ces derniers.


L’obtention d’un rendez-vous est le principal point de blocage rencontré : ils sont 74% à l’évoquer pour un spécialiste libéral, sachant que le taux est similaire pour les spécialistes hospitaliers (72%). En revanche, 63% considèrent que l’accès aux généralistes s’avère facile. Quelques soient les spécialités, il existe des disparités en fonction de l’âge et du territoire.
Les 4 principales difficultés rencontrées par les patients concernent les délais d’obtention des rendez-vous, le refus de nouveaux patients, l’absence de créneaux disponibles et l’absence de médecins disponibles près de chez eux :

Des solutions axées sur une meilleure efficience de l’organisation des soins
À la lecture de ces données, il est important de rappeler que la ressource médicale est une expertise rare qui nécessite du temps, de l’écoute, de l’analyse, sans compter tout ce que le patient ne voit pas en termes de charge administrative et de coordination. La ressource et donc la disponibilité médicale sont limitées. La démographie médicale est au creux de la vague et il ne peut y avoir des experts partout. Les Néo-Aquitains en ont conscience : 52% sont désormais prêts à faire un trajet de 30 minutes pour consulter un généraliste. Pour voir un spécialiste, 48% accepteraient de consacrer jusqu’une heure et 20% au-delà.
Il est nécessaire de travailler l’aménagement des territoires de santé, les pôles de santé, les consultations avancées, les équipes de soins et les coopérations plutôt que de vouloir une proximité absolue. Les sondés plébiscitent à 93% le développement des maisons de santé pluridisciplinaires. Au-delà ils répondent très favorablement à différentes évolutions de l’organisation de la prise en charge.
Pour libérer du temps médical, 80 % sont favorables à ce que le suivi de patients chroniques puisse être réalisé par d’autres professionnels (infirmiers, assistants médicaux…), sachant que le médecin doit rester l’acteur qui réalise le diagnostic et la prescription : c’est bien parce qu’il connait le patient et maîtrise sa situation médicale qu’il peut déléguer du suivi sous sa supervision. Déléguer ne signifie pas remplacer le médecin mais libérer du temps pour les situations qui nécessitent son expertise.
Enfin, 72% envisagent positivement que le délai d’un rendez-vous soit fixé par le médecin à partir d’un questionnaire médical déterminant l’opportunité et la rapidité du rendez-vous. La généralisation de l’usage de la télé-expertise, notamment pour adresser un patient vers un spécialiste, trouve donc tout son sens pour orienter vers le bon professionnel, le bon examen, au bon moment. On pourrait aussi développer les questionnaires sur les outils de prise de rendez-vous en ligne pour remettre en place ce filtre auparavant réalisé par les secrétaires : pour répondre aux besoins et ouvrir l’accès à de nouveaux patients, l’objectif n’est pas toujours d’augmenter l’offre mais de favoriser la pertinence des soins.
L’épineuse question des tarifs
L’exercice libéral est également dépendant d’un modèle économique permettant d’absorber les investissements et les coûts de fonctionnement du cabinet médical : sans moyen pour financer l’environnement de travail, l’accès aux soins risque encore de se dégrader.
À ce niveau, les sondés ont des réponses relativement contradictoires. D’un côté ils sont 71% à considérer les honoraires des spécialistes trop élevés et 38% concernant les généralistes. Malgré un système de protection sociale laissant un reste à charge très réduit (notamment pour les généralistes et spécialistes en secteur 1), il est clair que le discours politique considérant les médecins comme des nantis s’est répandu au sein de la population. Car on voit bien d’un autre côté, que le coût de la consultation ou des dépassements d’honoraires ne semble pas représenter un problème pour la majorité de la population : cela a représenté une difficulté lors d’une recherche de rendez-vous pour un peu plus d’un habitant sur 10 (11% concernant les généralistes et 13% pour les autres spécialités).
Par ailleurs 35% des répondants accepteraient de payer un dépassement d’honoraires nécessaire à l’investissement et au financement d’un cabinet médical. Certes ce taux peut sembler bas mais l’institut IFOP rappelle qu’il est très rare dans un sondage d’avoir des réponses favorables à une question qui évoque une possibilité de payer davantage : plus d’un tiers de réponses positives est donc un signe rare.
Plus globalement, 9 habitants sur 10 estiment devoir être plus vigilants face aux dépenses de santé en disposant d’une meilleure information sur les coûts réels de santé.
Il nous faut donc continuer à avoir, chacun à notre niveau, une information pédagogique auprès des patients et des politiques sur l’ensemble de ces sujets…

(1) Sondage réalisé par l’IFOP pour l’URPS Médecins Libéraux Nouvelle-Aquitaine et Sud Ouest du 12 au 20 mai 2026 auprès d’un échantillon de 804 personnes, représentatif de la population résidant en Nouvelle-Aquitaine âgée de 18 ans et plus. La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, profession) après stratification par département et catégorie d’agglomération. Les réponses ont été collectées par questionnaire auto-administré.