Depuis plus de trente ans, la santé mentale est le terrain de jeu favori des grandes annonces politiques. Rapports, lois, plans, feuilles de route, assises, grandes causes nationales : tout y est passé et pourtant, aucune mesure concrète n’a vraiment résolu le manque de professionnels, l’isolement des libéraux, le cloisonnement ville/hôpital, le manque de repérage précoce, le manque de suivi à la sortie d’hospitalisation et l’engorgement chronique des filières psychiatriques.
À travers ce dossier, l’URPS Médecins Libéraux de Nouvelle-Aquitaine propose une approche globale de la santé mentale, envisagée sous le prisme de la médecine de ville. L’objectif est de mieux saisir les réalités de terrain et d’accompagner les médecins libéraux dans leurs pratiques.


La santé mentale constitue un enjeu de santé publique majeur en Nouvelle-Aquitaine, à la fois par son ampleur, sa complexité et la diversité des besoins
exprimés ou non exprimés. Les chiffres les plus visibles concernent les formes les plus graves de détresse psychique : on recense chaque année environ 1 000 décès par suicide dans la région, ainsi que 8 400 hospitalisations pour tentative de suicide.
Ces indicateurs font l’objet d’un suivi régulier et alimentent à juste titre la mobilisation des acteurs hospitaliers et des pouvoirs publics.
Cependant, cette vision hospitalo-centrée ne rend compte que d’une partie du spectre de la souffrance psychique. En parallèle, un nombre bien plus élevé de personnes – adultes comme adolescents – traversent des périodes de troubles mentaux et de fragilité sans nécessairement être hospitalisées ou passer par les urgences. Ces personnes sont suivies en médecine de ville, notamment par les psychiatres libéraux,
qui assurent une part essentielle, bien que moins visible, de la prise en charge ambulatoire de la santé mentale.

D’après l’enquête régionale « Etat de santé ressenti des habitants de Nouvelle-Aquitaine » réalisée par l’ORS Nouvelle-Aquitaine, la proportion de personnes confrontées à une souffrance psychique s’élève à 28,0 %. Le genre, l’âge, l’activité, le niveau d’études, le fait de vivre seul(e) et le département de résidence sont des facteurs influençant le fait d’être confronté(e) à une souffrance psychique.
- Cette souffrance est beaucoup plus importante chez les femmes que chez les hommes (35% vs 20%) quel que soit l’âge.
- La tranche d’âge la plus exposée est celle des 40-59 ans (34%) suivi de celle des plus jeunes (26%).
- Les départements de la Dordogne et du Lot-et-Garonne ont les proportions les plus élevées de personnes avec souffrances psychologiques.
- Enfin on observe une dégradation de la santé mentale entre 2018 et 2021. La proportion d‘adultes concernés par la souffrance psychologique a augmenté sur cette période.
Cette souffrance silencieuse, largement suivie en médecine libérale, reste pourtant sous-documentée dans les politiques publiques. En Nouvelle-Aquitaine, ce sont ainsi près de 2,9 millions d’actes psychiatriques qui ont été réalisés en secteur libéral en 2024, dont plus d’un million de consultations. Ces chiffres témoignent du rôle essentiel que joue la médecine de ville dans le maintien de l’équilibre psychique de la population, dans un contexte de forte demande, de vieillissement des professionnels, et d’inégalités territoriales marquées.