En Nouvelle-Aquitaine, comme en France métropolitaine, les femmes vivent plus longtemps que les hommes, mais pas nécessairement en meilleure santé.
Un recours aux soins plus fréquent, des signes cliniques encore sous-estimés
C’est un constat au niveau national, comme régional, les femmes consultent globalement davantage les médecins généralistes et spécialistes que les hommes, mais leurs symptômes sont encore trop souvent minimisés ou mal interprétés.
Cela concerne notamment plusieurs affections chroniques pour lesquelles les présentations cliniques diffèrent selon le sexe.

Différences de manifestations cliniques: l’exemple des maladies cardiovasculaires (MCV)
Pendant longtemps, le diagnostic des MCV s’est appuyé principalement sur les symptômes considérés comme « typiques » chez les hommes (douleur thoracique intense en étau, irradiation au bras gauche). Les manifestations plus fréquentes chez les femmes – fatigue extrême, vertiges, douleur thoracique diffuse, nausées, vomissements – ont alors été qualifiées d’« atypiques ».
Cette méconnaissance a des conséquences majeures : en cas d’infarctus du myocarde, les femmes subissent en moyenne un retard de prise en charge d’au moins 30 minutes par rapport aux hommes, reçoivent moins souvent de traitements de revascularisation en urgence et présentent une mortalité plus élevée (+9,6 % chez la femme ).

L’espérance de vie est aujourd’hui en Nouvelle-Aquitaine de 85 ans pour les femmes et
de 79 ans pour les hommes.
L’écart entre les sexes est en diminution progressive (7,7 ans dans les années 1990 ; 5,6 ans aujourd’hui). Concernant l’espérance de vie sans incapacité forte, l’écart est plus faible (≈ 4 ans). Les femmes vivent davantage d’années avec une altération de l’autonomie.
La femme n'est pas un petit homme
Les maladies cardio-vasculaires
Les MCV sont la première cause de mortalité féminine (24% des décès féminins versus 20% chez les hommes). Comme nous l’avons évoqué : elles sont encore sous-diagnostiquées et sous-traitées chez les femmes.
Les Cancers : 2e cause de mortalité
Chez les femmes, les cancers les plus fréquents sont le cancer du sein, le cancer colorectal et le cancer du poumon. Ce dernier est en forte progression chez les femmes, essentiellement du fait de l’augmentation du tabagisme féminin depuis les années 1970-1980.
Alors que l’incidence est stable ou en baisse chez les hommes, elle augmente nettement chez les femmes : selon l’INCa, entre 2010 et 2023, le taux d’incidence du cancer du poumon chez la femme a progressé en moyenne de +4,3 % par an.

Déconstruisons nos préjugés sur la santé de la femme et sur les soins à lui apporter
Morbidité chronique : une surreprésentation féminine
Maladies auto-immunes
Près de 80 % des patients sont des femmes.
Exemples : lupus, thyroïdite de Hashimoto, polyarthrite rhumatoïde, sclérose en plaques.
-> Comparativement, les hommes sont beaucoup moins touchés, mais présentent parfois des formes plus sévères.
Troubles anxieux et dépression
Les femmes présentent, à tous les âges, une prévalence plus élevée de troubles anxieux et dépressifs que les hommes, avec un pic à l’adolescence (notamment anxiété, conduites suicidaires).
Mais si les femmes font 2 à 3 fois plus de tentatives de suicide, les hommes ont des suicides aboutis 3 fois plus fréquents. Cette différence s’explique par des méthodes plus létales et un moindre recours aux soins.
Ostéoporose
70 % des cas concernent les femmes, notamment après la ménopause en raison de la chute des œstrogènes.
-> Chez les hommes, l’ostéoporose survient plus tardivement.
Ces prévalences différenciées peuvent s’expliquer par de nombreux facteurs : hormonaux, génétiques, anatomiques, mais aussi socio-culturels.
Les femmes aidantes : une population invisible et essentielle
2/3 des aidants en France sont des femmes (mères, conjointes, filles). Elles cumulent charge domestique, charge mentale et soutien au proche, ce qui entraîne :
- Fatigue chronique,
- Troubles psychiques,
- Renoncements aux soins personnels.
Conclusion - Le genre du soin : pourquoi la médecine doit changer de regard ?
Comme le rappellent Delphine Bauer et Ariane Puccini dans “Mauvais traitements. Pourquoi les femmes sont mal soignées”, les femmes ne sont pas simplement des “hommes comme les autres”.
Pour les médecins, cela implique d’adapter l’approche diagnostique et thérapeutique, en intégrant les pathologies propres aux femmes.
Les produits de santé, dispositifs médicaux ou protocoles thérapeutiques sont aussi développés à partir de modèles masculins, ce qui peut les rendre moins efficaces ou moins sûrs pour les femmes. Dans le même temps, l’industrie pharmaceutique montre un intérêt croissant pour le “marché féminin”, parfois davantage sous l’angle marketing que médical : certains produits présentés comme “spécialement pour les femmes” sont vendus plus chers, alors qu’ils ne diffèrent pas réellement de leurs équivalents non genrés (ce qu’on appelle la “taxe rose”).